Une matière naturelle n’est pas automatiquement une matière durable. En parfumerie, l’impact environnemental dépend notamment de l’espèce concernée, de son origine, de la manière dont elle est récoltée ou cultivée, de l’extraction, du transport et de la capacité à renouveler la ressource.
Cette distinction est particulièrement importante pour la parfumerie orientale, où le oud, les bois, les résines, les épices et certaines matières florales occupent une place importante.
Durabilité, naturalité et traçabilité : trois notions différentes
| Notion | Ce qu’elle indique | Ce qu’elle ne prouve pas à elle seule |
|---|---|---|
| Naturelle | Une matière issue d’une source naturelle selon la définition retenue | Qu’elle est récoltée durablement |
| Traçable | Que l’origine et le parcours peuvent être documentés | Que l’impact environnemental est faible |
| Durable | Une démarche visant à maintenir la ressource et à limiter les impacts | Qu’un ingrédient naturel est toujours préférable à un ingrédient synthétique |
Une démarche sérieuse doit donc regarder la matière et toute sa chaîne d’approvisionnement, plutôt que de se limiter à l’étiquette « naturelle ».
Pourquoi une matière peut-elle exercer une pression sur la biodiversité ?
Le risque varie fortement selon les matières. Une ressource végétale peut être cultivée, récoltée dans des populations sauvages ou provenir de plusieurs systèmes d’approvisionnement.
Les facteurs à considérer comprennent notamment :
- la vitesse de renouvellement de la ressource ;
- la partie prélevée sur la plante ;
- la quantité nécessaire pour obtenir la matière parfumée ;
- la fréquence et l’intensité des récoltes ;
- la part provenant de cultures ou de populations sauvages ;
- la situation de l’espèce et de son habitat ;
- les pratiques locales et la chaîne commerciale.
Le cas particulier du oud et du bois d’agar
Le oud constitue un excellent exemple parce qu’il ne désigne pas une matière botanique unique : il correspond notamment au bois d’agar produit par plusieurs espèces, principalement des genres Aquilaria et Gyrinops.
Ces taxons producteurs de bois d’agar sont inscrits à l’Annexe II de la CITES, qui encadre leur commerce international selon les règles de la Convention. Cela ne signifie pas que tout oud est interdit : cela signifie que le commerce international des spécimens concernés est soumis à des contrôles et à des conditions précises.
La CITES souligne également que le bois d’agar est commercialisé sous différentes formes — bois, copeaux, poudre, huile et dérivés — et que les caractéristiques et la valeur peuvent varier selon l’origine, la qualité et d’autres facteurs.
Pourquoi « sauvage » et « plantation » ne suffisent pas à conclure
La provenance sauvage ou cultivée apporte une information importante, mais elle ne permet pas à elle seule de déterminer l’impact global d’une matière.
Il faut aussi regarder la gestion de la ressource, les pratiques agricoles ou forestières, la transformation, les volumes prélevés, la traçabilité et les conditions du commerce.
Pour le bois d’agar, la CITES documente notamment l’existence d’approvisionnements issus de plantations et de sources sauvages. Elle montre aussi que les formes commercialisées et les systèmes de production sont multiples.
Le rôle de la CITES : contrôler certains commerces internationaux
La CITES est une convention internationale qui encadre le commerce international de nombreuses espèces sauvages afin que ce commerce ne menace pas leur survie.
Pour les matières parfumées concernées, il faut donc distinguer :
- la protection de l’espèce ;
- la légalité du commerce international ;
- la traçabilité de la matière ;
- la durabilité de son approvisionnement.
Ces quatre questions sont liées, mais elles ne sont pas synonymes.
Le rôle du Protocole de Nagoya
La biodiversité ne concerne pas uniquement la protection des espèces. Certaines ressources génétiques et connaissances traditionnelles sont également encadrées par des règles d’accès et de partage des avantages.
Le Protocole de Nagoya, adopté dans le cadre de la Convention sur la diversité biologique, établit notamment un cadre pour l’accès aux ressources génétiques et le partage juste et équitable des avantages issus de leur utilisation.
Le sourcing responsable ne concerne pas seulement les plantes rares
Une chaîne d’approvisionnement responsable peut aussi chercher à documenter l’origine, les pratiques de production, les conditions de travail, la qualité, les impacts environnementaux et la conformité réglementaire.
L’approche sectorielle de l’IFRA couvre notamment le sourcing responsable, l’empreinte environnementale, le bien-être au travail, la sécurité et la transparence.
Naturel contre synthétique : le mauvais raccourci
Opposer automatiquement « naturel = écologique » et « synthétique = polluant » conduit à une conclusion trop simple.
Une matière naturelle peut nécessiter beaucoup de ressource végétale, d’eau, de terres, de transport ou d’énergie selon son origine et son procédé. À l’inverse, certaines matières aromatiques de synthèse peuvent être conçues pour reproduire une facette rare ou réduire la pression exercée sur une ressource naturelle.
Les matières naturelles et les molécules de synthèse font partie de la palette de la parfumerie ; le sourcing des ingrédients doit intégrer des considérations environnementales et de traçabilité.
Comment évaluer sérieusement une matière première ?
| Question | Pourquoi elle compte |
|---|---|
| Quelle espèce ? | Le statut et les risques peuvent varier selon l’espèce |
| Quelle origine ? | Les pratiques et réglementations diffèrent selon les territoires |
| Wild ou cultivée ? | Permet de comprendre le système d’approvisionnement |
| Quelle partie est prélevée ? | L’impact peut dépendre de la partie utilisée |
| Quelle méthode d’extraction ? | Elle influence rendement, énergie et profil olfactif |
| Quelle traçabilité ? | Elle permet de documenter les étapes de la chaîne |
| Quelle réglementation ? | CITES, règles d’accès aux ressources et autres obligations peuvent s’appliquer |
Pourquoi le oud est un bon cas d’école pour comprendre la durabilité
Le oud permet de relier plusieurs dimensions de notre bibliothèque : botanique et matière, géographie, extraction, traçabilité et maintenant biodiversité.
Il montre surtout pourquoi une affirmation comme « oud naturel », « oud sauvage » ou « oud de telle origine » mérite d’être replacée dans son contexte avant d’en tirer une conclusion sur la qualité ou la durabilité.
À retenir
La durabilité d’une matière parfumée ne se déduit pas de son caractère naturel. Il faut regarder l’espèce, l’origine, le mode d’approvisionnement, la récolte ou la culture, l’extraction, la traçabilité, la réglementation et les impacts de la chaîne.
Pour une bibliothèque de référence sur la parfumerie orientale, cette distinction est essentielle : comprendre une matière, ce n’est pas seulement savoir comment elle sent, mais aussi comprendre d’où elle vient, comment elle est obtenue et dans quel cadre elle circule.
Sources de référence : CITES et IFRA.
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